Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


dimanche 29 mars 2015

DÉMONSTRATION

Nous inaugurons une série qui démontrera la supériorité d'une chose sur l'autre. Nous commencerons par le plus facile avec la sensation versus le sentiment.
Comme exemple, nous prendrons l'ingestion de solide contre la pensée abstraite ou concrète et, par préférence personnelle, nous mettrons en parallèle une gourmandise et une bonne action.
Faisons les présentations:
À ma droite, une mille-feuille de chez Errard, le pâtissier de Langeais, face au château;
À ma gauche, une bonne action: une boîte de choucroute offerte aux restos du cœur, la remise d'un oisillon dans son nid, un ralentissement opportun pour ne pas écraser un hérisson etc., etc.
Démonstration:
Le mille-feuille produit d'abord une sensation visuelle secrétée par l'élégance du parallélépipède. Sa stratification parfaitement épurée est stupéfiante de rigueur géométrique. Elle fait penser à une sculpture dans le prolongement du cubisme. La sensation gustative amorcée par un afflux de salive déclenché par le choc visuel atteint d'emblée son apogée quand, l'hésitation surmontée de détruire un tel chef d'œuvre, on ose l'intromission buccale. L'explosion surprend tant elle est totale avec une dimension globale si la bouchée a été suffisante pour occuper tout l'espace disponible. Il y a d'abord le craquant de la feuilletée caramélisée et l'onctuosité sucrée de la Chantilly intercalaire. Les récepteurs des papilles spécialisées et, si possible, préparées par un entraînement intensif, au moins hebdomadaire, sont saturées d'excitations portées à leur climax par la mise en tension des muqueuses jugales, linguales, par la mastication contrôlée qui transforme les mille feuilles en un bouillie primitive de sucre caramélisé, de beurre manié, de farine pétrie, de crème fouettée pour le bon motif.
Le cerveau mis en condition par le plaisir visuel est assailli de plaisirs oraux qui n'ont d'équivalent que ceux archaïques du nourrisson. La première bouchée, sitôt avalée est remplacée par une deuxième pour confirmer la sensation et avoir une sommation. Les puristes ou ceux qui ont connu les privations de la dernière guerre en reprendront un deuxième pour affiner leur sensation ou oublier leur privation. Pour ne pas être écœuré, je préconise un trou normand entre les deux avec un grand verre d'eau de source  glacée.
La sensation n'est pas que triviale, elle suscite des émotions. Elles enrichissent la dégustation d'une dimension éthique, philosophique et morale. Personnellement, c'est pour l'atteindre que je me contrains à cette alimentation trop riche en tout. Je ne boude pas ce plaisir sensoriel, sensuel car il débouche sur une vision empathique du monde. Le pâtissier devient un bienfaiteur de l'humanité que je canoniserais si j'étais le pape. On se sent bien, bon, satisfait d'avoir eu toutes ces qualités en bouche. Le monde est vivable tant que le souvenir perdure. La sensation agréable engendre une vague de sentiments positifs. Pour quelques euros, on a un doublé renouvelable. Le rapport qualité/prix est imbattable.
Passons au sentiment et voyons ce qu'un sentimental comme moi peut en dire pour le défendre de l'attaque de la sensation.
Après la bonne action du genre de celles décrites précédemment (celles que vous avez l'habitude de pratiquer feront aussi bien l'affaire) on se sent généreux, altruiste, compatissant. On s'est fait plaisir, satisfait de soi, «quel chic type, on est ». Ce sentiment chaleureux dure une minute ou deux, ensuite plus rien. Notamment au niveau des sensations. Le monde reprend le dessus avec sa pluie, sa tristesse, ses catastrophes, ses malheurs, les élections, son horreur. Le moral retrouve son étiage des mortes-eaux. Même les bons sentiments comme la pitié, sont dangereux. Ils sont contre-productifs, font prendre des mauvaises décisions, les résultats sont désastreux.
Non, merci les sentiments ne valent pas un bon mille-feuille !!!

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