Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


samedi 28 décembre 2013

LES DIEUX DU CIRQUE ET NOS CLOWNS

Les acrobates chinois nous fascinent. Les voltigeurs mexicains nous font trembler. Les magiciens hollandais nous laissent pantois.
Depuis la mort de Zavatta, la retraite des Achille Tonic, les clowns français, eux, nous font pleureur. De honte.
Ils ne sont pas au Cirque d’Hiver mais à Matignon, à l’Élysée, dans l’hémicycle. Ils plastronnent, éructent, discourent sur les estrades, dans les médias. Ils ne sont applaudis que par des partisans, des amnésiques, des fanatiques.
Depuis longtemps, ils nous stupéfient par leur impuissance, leur inertie, leurs rodomontades, leurs proclamations, leur indécence, leur prétention.
L’antépénultième, un grand mou farceur, jouait l’Auguste à ses débuts, faisait du vent, agitait les bras, pinçait les fesses des vaches, paradait, s’entourait de guignols qui faisaient peur aux enfants. Sur le tard, cramponné à la scène, il paradait moins, faisant du Marceau et à la fin quasi immobile, il tomba dans la statuaire et le rideau sur lui.
L‘avant-dernier ne tint qu’une saison. Sitôt en piste, il partit dans toutes les directions, voulut être un cirque à lui tout seul. D’abord clown blanc, il devint vite blême car, accueilli sous les vivats, il lassa, les hourras s’épuisèrent, faisant place au silence puis aux crachats. Se croyant polyvalent, il fit l’acrobate, le fil-de-fériste, le dompteur mais, le trapèze est périlleux, la corde raide et les fauves affamés. Trop pressé pour reprendre son souffle, se croyant dominant, même face au lion, il fit illusion tant qu’il eut la force de rebondir. Mais, à ce jeu-là, même un clown d’or s’épuise et il s’en alla au son d’un requiem peu triomphant.
Celui qui parade aujourd’hui n’est ni grand ni blême. Il est arrivé en force, soutenu par une claque très remontée. On allait voir ce qu’on allait voir, en avoir pour son bulletin, avec beaucoup de valeur ajoutée. Ni Auguste ni clown blanc, c’est un comique qui improvise, aime le burlesque, fait des promesses.
Hélas et patatras, elles sont intenables ! Lancées en l’air, comme dans une impro, elles retombent en morceaux, en lambeaux. Il jongle, mais avec le vent. Courageux, il lance des échappées belles, prend tous les risques, par procuration. Des spectateurs dégoûtés se bousculent aux sorties, d’autres, dépités mais stoïques, restent. Ils savent que, pas plus que lui, ils ne changeront. Cramponnés à leurs fauteuils, à leurs chaises, à leurs strapontins, ils n’en démordent pas. C’est l’artiste qu’il leur fallait, un intermittent avec, enfin, le premier rôle, un hallebardier, fin connaisseur des coulisses, qui s’éclate, mûrissant, en Rodrigue et peut réciter la tirade qu’il connaît depuis l’école du cirque. Il finira son numéro. Il fait des gags qui font pleurer, lance des saillies qui retombent sur lui, frappe le tambour, sonne la trompette pour battre le rappel. Prisonnier de son terre-à-terre, aveugle à ce qu’il voit, sourd à ce qu’il entend, il n’a pas vu les chinois en apesanteur, les mexicains voler dans les airs, les hollandais nous faire prendre leur gouda pour du fromage. Incapable, il entraîne dans son fiasco tous ceux qui lui avaient donné carte blanche et leur espoir.

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