Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


mercredi 20 novembre 2013

UN AVIS AUTORISÉ

Ed McBain, le grand et prolifique romancier italo-américain, célèbre pour sa saga du 87è district, évoquait dans son roman « Romance » (1995, éd. Omnibus, p. 188) la profondeur du fossé qui sépare les communautés blanche et noire et les raisons d’une évolution qui le rendait pessimiste. Avec le retard habituel sur l’Amérique et avec un entrain qui fait peur, la société française emprunte le même chemin, commet les mêmes erreurs et se prépare le même avenir.
« Il n'y avait plus de Grand Creuset, c'était ça, la tragédie. Nous étions censés les accueillir tous, leur ouvrir les bras, les serrer contre nous, les chérir autant que les nôtres, et faire d'un millier de tribus une seule tribu grande et forte. C'était l'idée. Pas mauvaise, à vrai dire. Un seul peuple. Une seule tribu bien convenable, honnête et brave.
Mais quelque part en chemin, l'idée avait commencé à se désagréger. Elle avait duré plus longtemps que la plupart des idées en Amérique, où tout est en changement incessant. En Amérique, il y a toujours un nouveau président, une nouvelle guerre, une nouvelle série télévisée, un nouveau film, une nouvelle émission-débat, un nouvel auteur brillant. Étant donné la surabondante masse d'idées qui inonde l'Amérique à tout moment, jour et nuit, nuit et jour, il n'est pas très surprenant que des gens aient commencé à se dire que l'idée de mélanger toutes ces couleurs, toutes ces langues et toutes ces cultures, n'était pas si brillante, finalement. Ce fut probablement au moment où la flamme brûlant, forte et vive, sous le gigantesque chaudron de cette ville-porte d'entrée avait commencé à se réduire, jusqu'à n'être plus assez forte pour assurer la fusion.
À présent, l'idée brillante consistait à maintenir séparés les héritages de terres lointaines et de langues étrangères. À ne pas ajouter ces trésors à celui de la tribu solitaire, à ne pas partager cette richesse avec les autres membres de la grande tribu, mais au contraire à protéger ce magot de toutes les autres hordes, à garder cette fortune à jamais séparée.
Alors qu'autrefois la formule « séparés mais égaux » était honnie, on la considérait à présent comme un objectif auquel tout un peuple pouvait aspirer. Hé, séparé, mec, ça me botte ! Du moment que c'est égal aussi. Là où la généreuse idée d'une « coalition arc-en-ciel » évoquait l'image de bandes de différentes couleurs traversant le ciel en une vaste courbe conduisant à une marmite d'or partagée, l’expression bien plus pauvre de « mosaïque prodigieuse » donnait maintenant naissance à une vision étroite de petits fragments colorés séparés par des frontières, chacun sûr de son éclat et de sa beauté, aucun ne contribuant à la notion plus noble d'un ensemble unique et remarquable.
Là où des gens frappaient autrefois aux portes de la réussite en demandant : « Oubliez que nous sommes noirs, oubliez que nous sommes hispaniques, oubliez que nous sommes asiatiques », ces mêmes gens réclamaient aujourd'hui :« N'oubliez pas que nous sommes noirs, hispaniques, asiatiques ! » Là où le fait d'être américain inspirait fierté, honneur, dignité et espoir, il n'y avait plus qu’accablement devant ce que l'Amérique était devenue. Pas étonnant si les immigrés gardaient de leur pays natal une image plus sereine et plus stable qu'il ne l'était en réalité. Pas étonnant s'ils aimaient mieux s’accrocher à une identité ethnique qui leur paraissait immuable plutôt que de se laisser avoir par ce baratin sur une seule nation indivisible assurant liberté et justice à tous.
La ville pour laquelle Bert Kling travaillait était un conglomérat d’enclaves tribales au bord de guerres raciales semblables à celles qui éclataient dans le monde entier. L'émeute de Grover Park, le samedi d’avant, avait été provoquée à des fins de profit personnel, dans le cadre d'une machination criminelle. Mais cette machination aurait fait long feu si cette ville n'avait pas déjà été divisée par des frontières raciales.
Raciales.
Le mot le plus obscène qui soit, en n’importe quelle langue.
…/… »

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