Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


samedi 30 novembre 2013

LA TRISTESSE DU JOUR

Il avait un bon métier, un bon revenu, une belle famille, de beaux enfants, une bonne femme, une belle maison, une belle voiture, une belle santé, un bon sommeil et puis, un jour, une mauvaise pensée, une mauvaise idée et il fit un beau pendu.

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LE CONSEIL DU JOUR

Vous me dites :
« Quand j’entre, personne ne me voit. Quand je parle, personne ne m’écoute. Quand j’écris, personne ne me lit » et vous me demandez : « Que faire ? ».
Si je vous comprends bien, vous êtes tout sauf formidable et vous en souffrez.
Vous êtes invisible, inaudible, illisible, incolore, insipide, inodore et vous aimeriez crever l’écran, gagner des millions, créer le buzz, faire la une et danser avec les stars. Un escroc vous dirait : « C’est facile : changez d’allure, de discours, de méthode et achetez mon livre ». Moi, je vous dis : changer votre inné et votre acquis est impossible. Au pire,  faites un procès à votre papa ,à votre maman et à votre ego. Au mieux, trouvez une moitié qui vous aime tel(le) que vous n’êtes pas.

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UN DESTIN ÉTONNANT

Dans sa jeunesse, il s’enflammait pour un rien. Puis il rêva de brûler les planches. Un jour, dans le feu de l’action, il éclata de rire et partit en fumée.

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vendredi 29 novembre 2013

LE PORTRAIT DU JOUR


Je sais, vous n’allez pas aimer. Votre discrétion va souffrir. Mais il ne m’est plus possible de me taire. Je le dis, je le proclame  : « Vous êtes formidable » et si vous voulez savoir pourquoi, allez derechef sur le }dico sans queue ni tête~ http://dicosansqueuenitete.blog.fr/2013/11/28/f-comme-formidable-17110327/. Vous y êtes, en gros et au détail à "F comme Formidable" et pas plus tard qu’hier.
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lundi 25 novembre 2013

NOUVELLES FRAÎCHES DE L’ÉPIDÉMIE

Vous vous demandez, inquiet, que devient l’épidémie. Rassurez-vous, tout est rentré dans l’ordre. Le virus de la vertu n’a pas résisté à l’arrivée de l’hiver. Le froid l’a tué plus sûrement que ne l’aurait fait un vaccin de Pasteur-Sanofi. Le résultat a été aussi spectaculaire que l’avait été l’invasion de la vertu. Le chaos que l’amour, la charité, la bonté, l’honnêteté avaient provoqué s’est résorbé en 24 heures. Les mauvaises habitudes, avec les mauvais sentiments règlent à nouveau la vie sociale, économique, religieuse, familiale, financière, politique. Les prisons ont rouvert leurs portes, la police est sortie de l’oisiveté, les bouchers, charcutiers enlèvent la rouille de leurs couteaux depuis que les abattoirs fonctionnent. Les chasseurs, les pêcheurs ont repris leurs hécatombes. Hollande renvoie une nouvelle force d’intervention pour mater une guerre tribale Les banquiers paradent à nouveau. Les escrocs, les faussaires, les voleurs, les violeurs, les assassins rattrapent le temps perdu et se vengent d’avoir été convertis, malgré eux, un moment. Les producteurs sont contents comme les hôpitaux : les fumeurs, les buveurs, les automobiles fument, boivent, roulent plus que jamais. La terre est redevenue un vrai paradis pour les salauds.

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samedi 23 novembre 2013

LA RECETTE DU JOUR

Dans la main droite, vous prenez une baguette de bois souple (noisetier, saule, bambou) ou, encore mieux, un nerf de bœuf, un fouet et vous vous approchez, à pas lents, avec un regard concentré où vous mettez toute la méchanceté (c’est le moment de ne plus cacher qu’elle est le fond caché de votre personnalité secrète) d’un sac que vous avez rempli de ce que vous voulez (sable, sciure, mauvaises herbes). À un mètre environ, vous levez le bras droit et, en vous rappelant les livres de pirate de votre enfance – et que vous lisez encore en cachette – vous commencez à battre le sac. Prenez la bonne cadence pour ne pas vous fatiguer trop vite et frappez avec entrain, puis rage et, enfin, avec la juste colère qui peut s’exprimer, pour la première fois – depuis celle où vos parents vous avaient laissé mariner dans le pipi et le caca tout un après-midi de vos 6 mois.
Pour entretenir votre fureur, rappelez-vous que ce malheureux sac représente tout ce que vous haïssez, tous ceux que vous aimeriez exterminer, étriper, éventrer, gifler, injurier, écraser. Tous ceux qui vous maltraitent, vous exploitent, vous ignorent, vous méprisent, vous injurient par leur silence, leur indifférence. Variez vos coups, leur intensité, en fonction du destinataire. Accentuez-les quand vos pensées sont homicides (chez les pirates, 60 coups de chat à 9 queues provoquaient une issue fatale). Atténuez-les quand vous voulez seulement qu’ils changent d’opinion, de réflexion, de croyance, de politique, soient moins orgueilleux, condescendants, prétentieux, vous laissent parler, vous considèrent, vous admirent, vous augmentent, s’aperçoivent que vous existez. Si cette leçon n’a pas sufi, gare à eux, la prochaine bastonnade sera la dernière.
Quand vous aurez réglé vos comptes, vous vous sentirez libéré, apaisé, délivré. Vous redeviendrez  celui ou celle qu’ils croient que vous êtes et, inconscients de ce qu’ils ont subi, ils pourront faire semblant d’oublier qu’ils ne doivent qu’à votre bonté de ne pas tâter, pour de vrai, de votre bras armé.
P.S. Bien entendu, la recette est valable pour les gauchers, leur main gauche étant aussi vengeresse que la droite pour les droitiers.

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mercredi 20 novembre 2013

LE CONSTAT DU JOUR

Tous les vieux ont survécu à leurs erreurs de jeunesse. Tous les jeunes n’auront pas cette chance.

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DANS LA SÉRIE IL Y A

-      ceux qui sont devant et ceux qui sont derrière ;
-      ceux qui marchent, ceux qui galopent ;
-      ceux qui avancent, ceux qui retardent ;
-      ceux qui accélèrent, ceux qui freinent ;
-      ceux qui grimpent, ceux qui dégringolent ;
-      ceux qui vont tout droit, ceux qui prennent la tangente ;
-      et, cependant, le dernier jour, tous se retrouvent au même point.

UN AVIS AUTORISÉ

Ed McBain, le grand et prolifique romancier italo-américain, célèbre pour sa saga du 87è district, évoquait dans son roman « Romance » (1995, éd. Omnibus, p. 188) la profondeur du fossé qui sépare les communautés blanche et noire et les raisons d’une évolution qui le rendait pessimiste. Avec le retard habituel sur l’Amérique et avec un entrain qui fait peur, la société française emprunte le même chemin, commet les mêmes erreurs et se prépare le même avenir.
« Il n'y avait plus de Grand Creuset, c'était ça, la tragédie. Nous étions censés les accueillir tous, leur ouvrir les bras, les serrer contre nous, les chérir autant que les nôtres, et faire d'un millier de tribus une seule tribu grande et forte. C'était l'idée. Pas mauvaise, à vrai dire. Un seul peuple. Une seule tribu bien convenable, honnête et brave.
Mais quelque part en chemin, l'idée avait commencé à se désagréger. Elle avait duré plus longtemps que la plupart des idées en Amérique, où tout est en changement incessant. En Amérique, il y a toujours un nouveau président, une nouvelle guerre, une nouvelle série télévisée, un nouveau film, une nouvelle émission-débat, un nouvel auteur brillant. Étant donné la surabondante masse d'idées qui inonde l'Amérique à tout moment, jour et nuit, nuit et jour, il n'est pas très surprenant que des gens aient commencé à se dire que l'idée de mélanger toutes ces couleurs, toutes ces langues et toutes ces cultures, n'était pas si brillante, finalement. Ce fut probablement au moment où la flamme brûlant, forte et vive, sous le gigantesque chaudron de cette ville-porte d'entrée avait commencé à se réduire, jusqu'à n'être plus assez forte pour assurer la fusion.
À présent, l'idée brillante consistait à maintenir séparés les héritages de terres lointaines et de langues étrangères. À ne pas ajouter ces trésors à celui de la tribu solitaire, à ne pas partager cette richesse avec les autres membres de la grande tribu, mais au contraire à protéger ce magot de toutes les autres hordes, à garder cette fortune à jamais séparée.
Alors qu'autrefois la formule « séparés mais égaux » était honnie, on la considérait à présent comme un objectif auquel tout un peuple pouvait aspirer. Hé, séparé, mec, ça me botte ! Du moment que c'est égal aussi. Là où la généreuse idée d'une « coalition arc-en-ciel » évoquait l'image de bandes de différentes couleurs traversant le ciel en une vaste courbe conduisant à une marmite d'or partagée, l’expression bien plus pauvre de « mosaïque prodigieuse » donnait maintenant naissance à une vision étroite de petits fragments colorés séparés par des frontières, chacun sûr de son éclat et de sa beauté, aucun ne contribuant à la notion plus noble d'un ensemble unique et remarquable.
Là où des gens frappaient autrefois aux portes de la réussite en demandant : « Oubliez que nous sommes noirs, oubliez que nous sommes hispaniques, oubliez que nous sommes asiatiques », ces mêmes gens réclamaient aujourd'hui :« N'oubliez pas que nous sommes noirs, hispaniques, asiatiques ! » Là où le fait d'être américain inspirait fierté, honneur, dignité et espoir, il n'y avait plus qu’accablement devant ce que l'Amérique était devenue. Pas étonnant si les immigrés gardaient de leur pays natal une image plus sereine et plus stable qu'il ne l'était en réalité. Pas étonnant s'ils aimaient mieux s’accrocher à une identité ethnique qui leur paraissait immuable plutôt que de se laisser avoir par ce baratin sur une seule nation indivisible assurant liberté et justice à tous.
La ville pour laquelle Bert Kling travaillait était un conglomérat d’enclaves tribales au bord de guerres raciales semblables à celles qui éclataient dans le monde entier. L'émeute de Grover Park, le samedi d’avant, avait été provoquée à des fins de profit personnel, dans le cadre d'une machination criminelle. Mais cette machination aurait fait long feu si cette ville n'avait pas déjà été divisée par des frontières raciales.
Raciales.
Le mot le plus obscène qui soit, en n’importe quelle langue.
…/… »

samedi 16 novembre 2013

UN POINT, C’EST TOUT

Tous les vieux ont survécu à leurs erreurs de jeunesse. Tous les jeunes n’auront pas cette chance.

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L’IDÉE DU JOUR

N’ayant rien à dire de plus que ce qui a déjà été dit et censurant des pensées pour ne pas froisser la bonne opinion que j’ai de moi, en dépit de la vôtre, je réfléchissais à la difficulté d’exprimer mon absence d’intérêt pour ceci et cela. C’est une situation qui n’empêche personne de se taire pour parler pour ne rien dire, d’être payé à ne rien faire, bref de faire semblant d’exister. Comme le vide a un pouvoir d’attraction proportionnel à la gravité du moment, il ne me fallut pas longtemps pour répondre à l’attente angoissée de la page qui n’en pouvait plus de sa virginale blancheur. J’hésitais entre plusieurs options mais vous ne m’avez pas laissé le choix et je répondrai, quoi qu’il en coûte aux âmes sensibles comme la mienne.

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RÉPONSE À LA QUESTION DU JOUR

Elle était posée en ces termes : « Plus les jours, plus les années, plus les siècles passent, plus je me demande quelle trace vais-je laisser à la postérité, à l’histoire, à la terre ? et, avant ce jugement au long cours, comment ménager l’avenir immédiat de mon post-mortem. Faut-il finir en poussière ou en cendres ? Être bouffé par les asticots ou partir en fumée ? Faire du compost ou servir de combustible ? La crémation ou le pourrissement ? That is the question. Vous seriez très aimable d’aider ma décision. Merci et félicitations pour… etc., etc.…. ».
R.- « Une belle vie doit se terminer par une belle fin et de la même façon que vous ne laissez pas à d’autres les rênes de votre vie, la mort n’est pas un prétexte suffisant pour abandonner vos bonnes habitudes. Je présume que vous réfléchissez avant d’agir, je vous engage à continuer car votre inertie à venir ne vous exonère d’aucune responsabilité. Donc, avant de décider du comment, je vous engage à envisager le pourquoi. Vous aviez des engagements, des certitudes, des croyances, une conduite, une règle, une politique, une foi qui vous obligeaient. Appliquez les mêmes règles au choix de votre destination finale et vous n’aurez plus d’incertitude.
Terminer dans le feu, la chaleur, l’embrasement, c’est-à-dire, préférer la crémation ne peut convenir qu’à une personnalité extravertie, décomplexée, ne s’embarrassant pas de palinodies, de périphrases, de faux-fuyants, d’atermoiements. Si vous êtes cet homme ou cette femme d’action, fuyant les compromis, les compromissions, les commissions, les comités, les réunions de famille, les défilés, les enterrements, voyageant léger, préférant l’express à la marche à pied, le sirocco à la risée, le tord-boyaux à la menthe à l’eau, partez en fumée, en faisant des étincelles et, si possible, façon Bénarès pour le spectacle
Par contre, si vous êtes du genre réservé, embarrassé de vous-même, préférant la porte de service au hall d’entrée, si vous cultivez l’incognito, le quant à soi ; si vous êtes discret, introverti, taciturne ; si vous n’avez rien à dire, ne savez que penser, n’aimez pas critiquer, applaudir, répondre, provoquer, vous souffrez de constipation des sentiments. Vous laissez les choix à la disposition du moment, en espérant qu’il sera propice. C’est une façon de vivre qui va conduire celle que vous aurez de mourir. Espérons que le hasard fera bien la chose et que vos derniers instants ne seront ni longs ni pénibles. Vous avez déjà pris le parti de laisser le temps faire son travail. Vous serez donc enterré dans les règles. Vous pourrirez à la satisfaction de toutes les bestioles qui vous attendaient avec impatience pour se régénérer, engraisser et se multiplier. Soyez content, votre heure de gloire sera enfin arrivée et, pendant quelques jours, vous serez l’objet de toutes leurs convoitises. Finir dans une apothéose – que personne ne verra – quelle meilleure façon d’être fidèle à ce que vous aurez été.
Si vous restez logique jusqu’au bout, le choix est clair et vous avez la réponse à votre dilemme. Cependant, réfléchissez. Un pied-de-nez à la société, un renversement de tendance, quelle jolie façon de lui montrer que vous n’étiez pas ce que l’on avait cru, que vous aviez trompé votre monde, que vous vous étiez moqué de lui, lui qui ne vous méritait pas, qui ne vous a jamais apprécié à votre valeur. Surprenez-les en ridiculisant les pronostics: timide, partez en fumée ,toujours pressé, condamnez-les  à venir perdre leur temps devant votre mausolée, le 1er novembre».

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mercredi 13 novembre 2013

UNE DRÔLE D’HISTOIRE

Un ami extraterrestre, de passage, m’a raconté les dernières nouvelles de l’espace. Il m’a donné à lire l’information qui a réveillé l’attention des salles de rédaction interstellaire pour notre planète. Il se doutait bien que je serais intéressé. Vous aussi, peut-être.
Le PDG du parc animalier terrestre a réuni, la semaine dernière, son conseil d’administration, comme tous les millions d’années. « Mesdames, messieurs, je serai bref car pressé par un temps que je n’ai pas à perdre. Le rapport que vous avez entre les mains parle. Tous les indices sont au rouge. La fréquentation suit la satisfaction et, depuis 2000 ans, elles n’ont cessé de décroître. Alors qu’il n‘y a pas si longtemps, les navettes spatiales étaient bourrées de visiteurs de toutes les galaxies, que des files d’attente encombraient le ciel de la Terre, que certains bivouaquaient sur la Lune pour profiter d’un désistement, aujourd’hui les carnets de rendez-vous sont vides comme le ciel. L’espace-temps à destination terrestre a pu être rétabli, la terra-transmission pour les ectoplasmes supprimée. Seuls des déclinologues déprimés utilisent les quelques soucoupes volantes encore en service pour se rendre compte des dégâts. Ils ont du mérite car ils sont accueillis par des fusées à tête chercheuse de plus en plus précises.
Les causes du désastre sont connues. Le début est daté. Il correspond à l’introduction d’espèces qui, à l’origine, semblaient inoffensives. Pour changer des bêtes à quatre pattes, des dinosaures et autres crapauds, le service compétent avait introduit quelques prototypes dont il voulait tester la fiabilité. Le concept paraissait original, 4 membres dont deux préhensiles à leur extrémité, une marche en posture verticale ou tendant à le devenir. Un système de commande, dans l’axe, au sommet avec des sens de qualité moyenne mais complémentaire. Comme d’habitude, ils étaient capables de se dupliquer en se répartissant le travail à deux, chacun apportant la moitié. Un mâle et une femelle prirent le dessus sur les autres sans que l’on sache vraiment pourquoi. L’hypothèse la plus plausible est l’activation, dans le disque dur, d’un circuit dormant à la suite sans doute d’un éclair magnétique secondaire à un dérangement orageux. Leur cerveau devint capable d’associer des idées, de regarder au lieu de voir, d’écouter au lieu d’entendre, etc. Ils se mirent à croire en eux, se firent des idées sur tout, cessèrent d’être contents, crurent pouvoir faire mieux, etc. Mais surtout, ils s’admirèrent si fort qu’ils se crurent fils de dieu. L’un d’eux se prétendait infaillible ; ils commencèrent à pulluler, à envahir, à détruire tout ce qui les gênait, se faisant la guerre pour un oui, un non, un signe de croix, un coup d’éventail, une dépêche en retard, un bout de terrain. Ils ne respectent rien ni personne. Le processus s’accélère, ils trouent la couche d’ozone, font fondre la banquise, l’air devient irrespirable. Ils chassent les baleines, suppriment les abeilles, nos plus belles réussites avec les colibris et les orchidées.
On comprend que le lieu ne soit plus fréquentable et que nos clients préfèrent aller voir ailleurs. Ne nous désolons pas, dès les premiers temps de sa mise au catalogue, cette destination a été un succès intergalactique. Sa rentabilité fut telle que l’investissement a été remboursé en moins de cent mille ans. Nous restons largement bénéficiaires. Nous pouvons le retirer du catalogue, personne ne s’en apercevra. La terre aura été pendant un temps une bonne et belle affaire et aurait pu le rester si nous n’avions pas introduit un parasite furieux et incontrôlable.
Le problème doit être résolu : deux possibilités seront mises au vote :
1/ On laisse le cycle s’achever sans nous en occuper. Ils finissent leur entreprise d’autodestruction. La procédure en cours prévoit son terme par un submergement des terres par les flots et la survie des seules espèces aquatiques et de quelques amphibiens non solubles dans l’eau salée ;
2/ Je suis partisan, quant à moi, de réparer l’erreur commise par une éradication, radicale et immédiate de cette espèce nuisible. Nos laboratoires ont mis au point le virus parfait, indétectable, irrémédiable. Compatible avec ce seul organisme, indolore, inodore, insapide, il endort, fait naître un dernier rêve inoubliable. Le travail accompli, le corps se sublimise. Il passe de l’état solide à l’état vaporeux. L’animal dangereux disparu, la terre retrouvera son calme, son équilibre. Je suis sûr que, à notre prochaine A.G., dans un million d’années, elle sera comme à son origine, belle à voir, bonne à visiter. Nous pourrons la remettre dans le circuit des sites à ne pas manquer.
Passons au vote, s’il vous plaît ».
-   « Alors, la décision, tu la connais ? »
-   « Bien sûr, mais je ne peux pas te la donner, devoir de réserve oblige, comme vous dites ».
Je peux voir au travers de mon ami et sus qu’il ne reviendrait pas sur sa décision.
Je le laissai partir et vis que son au revoir avait tout d’un adieu et un ami, ça ne ment pas…
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mercredi 6 novembre 2013

L’HOMME, CE CRÉDULE

Depuis toujours, et plus que jamais, l’homme obéit à une pulsion irrésistible. Elle le fait aller plus loin, plus haut, plus vite, vouloir être plus fort, plus beau, avoir davantage. Cette passion, ce besoin, ce devoir l’obligent à conquérir la lune, faire exploser l’atome, modifier le génome et, pour beaucoup, croire à l’impossible.
À cette croyance extravagante, défi au bon sens, à l’intelligence, à la raison, ils peuvent sacrifier leur argent, leur liberté, leur vie. Elle les fait investir dans les entreprises les plus folles, adhérer aux doctrines les plus saugrenues, voter pour les politiciens les plus démagogues, se prosterner devant des idoles grotesques. Ils accourent avec enthousiasme vers ceux que leur promettent la richesse, le bonheur, un ventre plat, un visage lisse, la jeunesse, le plein emploi, le paradis avec la vie éternelle. Plus la promesse est inouïe, le mensonge énorme, la fiction évidente, plus ils adorent, applaudissent, succombent, avides d’être ce qu’ils ne sont pas, d’avoir ce qu’ils n’auront jamais et de croire à l’incroyable.

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vendredi 1 novembre 2013

LE REVERS DE LA MÉMOIRE


Une mémoire infaillible conserve le souvenir de tout ce qui a été lu, vu, entendu, senti. Avec le temps l’information devient si considérable qu’il ne reste plus d’espace pour se projeter dans l’avenir, espérer, rêver, inventer, agir. L’hypermnésique intégral devient aboulique, inerte, étouffé, submergé par son passé qui envahit chaque instant de son présent et l’empêche de se construire un avenir. La France avec le culte de son Histoire subit le même sort.

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LE PORTRAIT DU JOUR

Il ne s’intéressait qu’à celui qu’il avait été dans le passé. Il s’émerveillait de ce qu’il avait fait, entendu, vu, dit. Intarissable, il racontait en boucle ses souvenirs. Il ne cherchait plus à s’en fabriquer pour demain, ceux d’hier lui suffisaient. Ils occupaient son présent.
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