Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


lundi 24 juin 2013

LA MÉMOIRE HANTÉE

         Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais j’ai l’impression d’habiter depuis longtemps dans une maison d’enfance, pleine de souvenirs qui ne me quittent pas où que j’aille, quoique je fasse.
 
 
Plus le temps passe, plus ils s’accrochent. Le grenier déborde, avec des malles pleines de jouets cassés, de soldats de plomb sans tête, de raquettes tordues, de livres roses, verts, en vrac, écornés, de vêtements troués, les ombres d’une époque disparue. Mais il suffit d’y penser pour que la piste redevienne fraîche, familière. Et avec elle, toutes les excitations. Les couleurs s’avivent, les trous se bouchent, les pages s’animent, les roues tournent, les soldats marchent au pas. Tout reprend vie.
 
 
D’autres pièces sont encombrées de meubles anciens, de vieux tapis, des tableaux, des lustres, des choses déglinguées, mitées, les couleurs sont passées, les souris se sont régalées. Il y a des albums de photos jaunis, les corps sont guindés, les visages un peu flous. J’ai du mal à donner des noms. Quel jour le petit oiseau est sorti ? Mais il suffit de regarder et la scène se rejoue, en noir et blanc, sans le son. C’est dans ces temps d’inventaire que je me dis qu’il faudrait faire le ménage, un tri sévère. Évacuer toutes les vieilleries, , changer de décor, une rénovation de la cave au grenier est urgente. L’opération est nécessaire. Les parquets sont vermoulus, les portes ne ferment plus, les gonds grincent. On voit mal à travers la pénombre, les toiles d’araignées. Des portes refusent de s’ouvrir.
 
 
A quoi cette pièce pouvait bien servir ? Il n’y a pas d’ampoules au lustre. Les papiers sont indistincts. Tout y baigne dans un brouillard poussiéreux. Il y fait froid. Le genre d’endroit à passer à côté. La cuisine, elle, reste accueillante. J’y sens les odeurs des tartes, des crèmes au chocolat, du pain perdu, des crêpes, des beignets, des confitures, j’entends coudre la machine. Mais on ne peut pas passer son temps à cuisiner. Allons dans l’atelier. Des trucs marrants sont suspendus, des marteaux pourraient frapper si on en avait la force. Beaucoup d‘objets sont rouillés, cassés, des pointes tordues, des boulons sans écrous, des limes toutes lisses, un rabot en bois, une chignole. Ils encombrent, pourquoi sont-ils toujours là ?
 
 
Le gros œuvre tient, mais pour combien de temps ? La poutre maîtresse fléchit. La toiture a des trous. L’enduit est décrépi, plein de rides et de fissures. Les canalisations fuient. Il aurait fallu soigner ses maladies, la ravaler, changer les huisseries, remettre de nouvelles ardoises, refaire les canalisations, mais, faire du neuf avec du vieux, est-ce bien raisonnable ?  
 
 
Il est trop tard. Son temps est passé. La baraque est bonne pour la casse. Les éboueurs arrivent, je peux vider mon sac avant de le poser.

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