Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


vendredi 31 mai 2013

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (4)

Ou l’origine des malheurs du monde

 

CHAPITRE III

 
NAISSANCE DE LA RETENTION DES SENTIMENTS
 
L’allégresse devrait entourer la puberté, accompagner l’adolescence. Son contraire, la morosité, les escorte. Elles sont vécues comme le temps des épreuves, celui de l’âge ingrat Les parents se résignent à l’inéluctable, appréhendent ce qu’ils devront endurer. L’enfant l’aborde en aveugle, ignorant ce qui l’attend, heureux de quitter le clan des petits pour les grands, inquiet du prix qu’il devra payer le passage, inconscient du challenge qu’il va affronter, à aucun moment – et par personne – ces années-là ne sont ressenties, vécues, savourées comme le cadeau sans prix de la nature.
 
L’entourage, bien plus, assiste à la transformation inquiet, étonné, réprobateur, parfois narquois. Il ne se sent pas directement concerné par l’épreuve que subit le garçon ou la fille. Il s’ingénie plutôt à s’opposer aux conséquences et à 1’expression de la mutation dont il ne comprend pas l’enjeu. Il y résiste, ruse à la façon des vieux pays coloniaux qui refusaient l’indépendance à une jeune nation. Parfois il croit triompher. Souvent la métamorphose, par sa faute, n’est qu’à moitié réussie au terme d’un combat larvé,  mesquin, terrible.
 
L’attitude inverse qui témoignerait d’un empressement à clore la phase d’émancipation peut se voir. Elle donne à l’adolescent la certitude d’un rejet. Elle est encore plus conflictuelle.
 
Une compréhension si médiocre d’un phénomène  crucial explique l’indifférence ennuyée qui préside à son déroulement. La mission du père et de la mère, serait d’être le guide bienveillant, attentif, disponible qui explique, rassure, dédramatise, respecte .
 
Les causes ne sont plus ressenties dans l’inconscient d’un cerveau immature. Elles sont connues avec précision. C’est l’angoisse née d’un corps qui se transforme, un père qui condamne des cheveux longs, les mauvaises notes scolaires, les silences aux questions, la musique trop forte, les sorties nocturnes, les amis. Le professeur, le patron ont des mots, des gestes, de réflexions qui blessent, parfois sans le savoir mais parce que c’est un moment d’intenses perceptions, de découvertes, de significations jusqu’alors cachées, d’associations d’idées qui donnent aux attitudes, aux paroles un autre sens. La persécution, présumée ou réelle, se renforce des frustrations que toutes les envies inassouvies sécrètent en permanence.
 
La conviction de n’être plus aimé bouleverse l’adolescent qui se sent abandonné. Ce sentiment peut naître de la réaction des parents dont le monde intérieur reste immobile face à l’être en mouvement. Le désir d’être aimé tel qu’il devient est aussi fort que celui qu’il avait quand, nourrisson, il ne faisait qu’un avec sa mère. Le déchirement entre cette aspiration et la nécessité de répondre aux exigences nouvelles réveille le complexe de persécution qui lui faisait rejeter parfois le sein de sa mère avant même la satiété. La faute du trouble est attribuée à l’autre et le rôle de victime peut être délectable. Les récriminations, les disputes, les colères, les punitions, les admonestations dont cette période s’enrichit de toutes parts sont supportées à un stade de conscience, répétées par le monologue intérieur et d’autant plus facilement mémorisées qu’elles éveillent des fantasmes inconscients. La certitude se fortifie tout au long de ces expériences que la confiance, l’amour lui ont été mesurés, parfois refusés par ceux qui les lui avaient donnés. Leur crédit est entamé, le scepticisme est né. La chance de retrouver une complicité voisine de celle que le bébé avait avec sa mère disparaît. La situation est en opposition complète avec le souvenir inconscient de ce qui s’était passé à ce moment-là. Cette rupture du couple enfant-parents rend cette deuxième naissance beaucoup plus douloureuse, angoissante et déprimante. Elle convainc pour toujours qu’une parfaite communion avec l’autre est impossible et que la recherche est vaine. C’est la raison de la solitude qui poursuit tant d’hommes et de femmes.
 
Des conditions extérieures idéales ne suffisent pas à assurer l’harmonie du caractère, des facteurs internes, innés interviennent à toutes les époques. Les pulsions destructrices faites d’avidité, d’agressivité, d’incapacité de reconnaissance et d’amour naissent de la frustration qui suit la privation et ne s’apaisent pas à sa cessation. Elles sont à l’œuvre dans beaucoup de scénarios de l’adolescence.
 
L’affection, la compréhension des parents ne lèvent pas toujours la suspicion et le ressentiment. Les bonnes raisons de s’opposer à des envies dangereuses ou extravagantes ne sont pas toujours admises. Le refus est vécu comme une persécution.
 
L’adaptation correcte du nouveau-né passe par l’introjection de la bonne mère à son monde intérieur. Elle est un des moyens de l’adaptation sociale et ne cesse pas tout au long de la vie. Elle a un autre paroxysme à la puberté. Si l’objet de l’introjection devient mauvais comme peuvent être ressentis des parents hostiles, des professeurs hargneux, le monde extérieur subit une pollution qui compromet cette la relation. L’exacerbation des émotions et des sentiments de ces moments-là est telle que l’empreinte est profonde et elle survit. L’autre sera vu comme un gêneur, un ennemi.
 
L’inadaptation à la société des parents est augmentée par la projection de modèles contestables et contestés. Elles expliquent la vigueur et la rapidité des engouements et des répulsions. Elles font prendre l’habitude de prêter aux autres ses propres sentiments et en retour de modeler son comportement sur ce qui est devenu un postulat : « Je trouve X peu sympathique. Il doit trouver que je le suis aussi, donc je vais lui témoigner de l’antipathie ». Cette construction arbitraire, impressionniste est souvent reprise dans les manifestations de la rétention des sentiments.
 
La dépendance de l'enfant ayant été remplacée par l’autonomie - au moins psychologique - de l'adolescent, le danger paraît moins grand de répondre à l'hostilité supposée ou déclarée des autres par la même attitude, voire en la radicalisant. C'est le temps des fugues, des départs. L'actualité rapporte parfois une issue encore plus dramatique. Sans atteindre en général des degrés aussi dangereux, il en reste souvent quelques souvenirs. Ils surgiront dans la vie adulte, en prêtant aux autres des intentions malveillantes.
 
L'adolescence est un entre deux qui sépare l'enfant de l'adulte. Le statut d'individu responsable et indépendant ne sera atteint qu'après qu'il ait évacué ce qui le tenait attaché au confort et à la sécurité d'une relation parentale forte et exclusive. La rupture est nécessaire, programmée par les armes que la nature lui donne dans le même temps. Cette période n'est pas sereine car des aspirations aussi inconciliables meurtrissent. L'ennemi est intérieur; il attaque des liens anciens, forts, bouleverse le système des valeurs et des références. L'adolescent abrite ainsi un potentiel destructif. Il en est la première victime et la souffrance morale est à la mesure du combat. Cette pulsion autodestructrice mais qui n'épargne pas les autres affronte aussi un chevalier blanc. Il est l'alternative espérée, la force qui doit permettre à l'adolescent de surmonter les épreuves et de triompher finalement des obstacles.
 
Le triomphe est rarement parfait, tant le parcours est difficile. Le plus souvent il ne s'agit que d'un armistice car les forces négatives sont prégnantes. L'insuccès n'est jamais reconnu comme tel car une autodéfense se met en place afin d'excuser l'échec.
 
Le responsable le plus commode est l’autre et il ne cessera d’être appelé comme alibi et repoussoir chaque fois que le besoin s’en fera sentir. Une hostilité de principe lui est acquise.
 
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