Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


jeudi 28 février 2013

TYPOLOGIE DES AMIS


(suite et fin)

L’AMI DE TRAVAIL


Il fait partie des amis d’occasion, que l’on partage avec beaucoup. C’est une amitié qui peine à s’installer et qui, souvent, n’arrivera jamais. On cohabite durant le temps ouvrable et à l’endroit du travail par politesse, par respect de la paix civile, obligé par l’instinct de survie en milieu hostile. On s’accommode des bizarreries, des mauvaises manières, des habitudes détestables. Avec le recul, de la patience, de l’indifférence, une relation sympathique peut émerger. Les conditions influent beaucoup sur son installation. Elle suppose que des intérêts communs imposent une solidarité de fait.

Quand la survie sur un chantier dépend du regard, de la bonne volonté, de la vigilance des autres, un ami vaut mieux qu’un ennemi. Les chantiers dangereux sont propices à l’amitié comme un champ de bataille, un terrain miné, une mine de charbon, une expédition sur la lune. Dans l’atelier, rivés à la même chaîne, on se serre les coudes ; cette fraternité aide à supporter le bruit, la cadence, la fatigue, l’ennui. Au bureau, l’amitié est moins vitale. On parle de collègue. C’est une défense face aux petits chefs, à la direction. Elle se nourrit de potins, des revendications syndicales, de la galette des rois qui permet d’embrasser la reine, des pots de départ. Le lieu n’est propice à rien d’autre. C’est même beaucoup, tant la hiérarchie, le salaire au mérite, les primes au rendement, les échelons à gravir, les promotions à venir, l’avancement au piston, les dégraissages donnent l’occasion de se haïr, de médire, à jalousie.
L’entreprise est un huis-clos inapte à l’amitié puisque y prospèrent l’ambitieux, l’arriviste, le prêt à tout. On n'y trouve pas sa Boétie, le  partage s’arrête au travail.

L’AMI NUMÉRIQUE


C’est le plus récent, l’ami à la mode. Sans façons, il s’invite dans la conversation, donne son avis sur votre opinion, la corrige, vous rebondissez. Le débat, à peine entamé, tourne court. Vous avez beau relancer, faire l’intéressant, jouer à l’intéressé. Il joue ailleurs. Ce n’est pas grave, il est jetable. La concurrence est redoutable, l’ami numérique nouveau est arrivé. C’est madame Bodin qui me l’a présenté quand, l’autre jour, elle en parlait à son fiston. Comme moi, il ne le connaissait pas. Il faisait le marri tout étonné. Grâce à « Face-de-Bouc », expliqua-t-elle, elle a plein d’amis « round the world », même un grand noir dans une maison blanche. Elle en a beaucoup d’autres. Elle ne les a jamais vus, ne leur a jamais parlé, elle ne sait d’eux que ce qu’ils en disent. On entre, on s’inscrit, le réseau vous accueille et on joue à l’ami. Finie la solitude, bienvenu dans une société virtuelle peuplée de créatures de rêve, débarrassé de toutes les tares viscérales qui rendent si détestables les amis véritables. Quel bonheur de s’afficher sans complexe, sans scrupule pour le plaisir de communiquer, vite, loin, dans un échange si intéressant, si intime qui en dit long sur qui on voudrait être. En résumé, avec l’ami numérique dernier cri, on parle dans le vide, d’une façon qui nous ressemble.

FINAL


Si le terme d’ami était réservé au véritable, il serait si peu usité qu’on en aurait perdu l’usage. Pourtant il est devenu une relation courante, une imitation acceptable. Ce genre d’ersatz suffit à ceux qui préfèrent le nescafé à l’arabica fraîchement torréfié. Faute de goût et d’ambition ils s’en contentent, heureux d’entrer dans une famille qu’ils n’ont connue qu’éclatée, décomposée. Ce sont des amis de papier, des consommables vite périmés. On ne parlera donc pas des amis d’un jour, des amis d’amis, de voyage et de tous les faux-amis qui sont l’essentiel de la compagnie. Un seul est à retenir. Il mérite l’admiration pour son abnégation : l’ami de toujours. Sa fidélité est touchante, proche de la sainteté. Il connaît si bien son ami, que seul un masochisme larvé explique sa présence constante. Priez pour qu’il ne guérisse pas, vous le perdriez.
Les vrais amis n’ont pas à se chercher, ne s’oublient pas. Ils s’inquiètent, questionnent, demandent. Ils n’attendent pas le premier de l’an, l’anniversaire pour exister.
L’amitié est un sentiment qui ne se contente pas d’être sincère, fidèle, intermittent. À l’égal de liberté, égalité, fraternité, fidélité, loyauté, générosité, honnetêté, l’amitié est une valeur si relevée qu’on en parle sans y croire.

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