Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


samedi 19 janvier 2013

PAUVRES, RICHES


Le pauvre n’a pas trouvé le chemin de la richesse. C’est évident, sauf pour lui. Manque de pot, faute de chance, de guide. Souvent il s’appauvrit d’autant plus qu’il s’endette. Il l’est devenu après avoir cherché fortune dans des filons épuisés, confié ses économies à un banquier en fuite, été compris dans une compression de personnel. Privé de maison, de revenu, il erre dans les rues, se terre dans les encoignures, cherche de l’argent où il n’y en a pas : les fonds de bouteille, les fonds de poubelle, les ronds de fumée. À force de serrer les dents, la ceinture, il deviendrait presque méchant, s’il en avait la force. Mais la société n’a rien à craindre. Elle est bien faite. Le pauvre fait le vide. Il est facile à éviter, on le sent avant de le voir. On traverse la rue, on change de trottoir. Il fait peur, non qu’il soit agressif mais par ce qu’il est et qu’on pourrait être, un jour, si le vent tournait, si la crise durait, s’aggravait, la structure s’effondrait, si j’étais expurgé. On frissonne, on s’affole, on se met à courir… Salaud de pauvre !

Le riche est à plaindre, lui aussi. Jugez-en. L’être c’est s’obliger à le rester pour continuer d’en profiter. Ce n’est pas facile au milieu de tous les pauvres qui aimeraient prendre sa place. Son combat épuisant est permanent après avoir été perpétuel. Car sa fortune vient souvent de loin et ses pauvres ancêtres avant de l’être l’avaient été. Pour arriver à s’en extraire, que de fatigues, que d’efforts, de sacrifices. Il a fallu se faire courtisan et avaler toutes les couleuvres, faire dans la traite, travailler les enfants dans les mines, les esclaves dans la canne à sucre. Ils ont dû profiter des guerres, vendre de la poudre, des canons, des baïonnettes, se faire prêteurs à gages, usuriers, prévaricateurs, voleurs. Fortune faite, il restait à assurer, s’installer, faire oublier les origines, s’immatriculer dans les beaux quartiers, acheter des châteaux, fréquenter les belles âmes, les grandes dames et d’autres héritiers, tous aussi pollués.

Les nouveaux riches n’ont pas cette mémoire à trimballer. Ils débutent dans la carrière ou, au pire, sont des fils ou filles à papa, à maman.

Les débuts ont été laborieux, comme toujours. Le jour de chance est arrivé. La bonne enchère, le bon moment, le bon produit. Bien préparés ils ont sauté sur l’occasion. La course a commencé, la boule de neige qui grossit, grossit, absorbe tout ce qu’elle touche, écrase les autres, remplit les coffres, fait sauter les banques, achète les hommes, les journaux, les radios, les télévisions, fait les députés, le gouvernement… Dans sa bulle, le nouveau riche spécule, accumule. Il lutte pour en avoir plus, se garder des contrecoups, préparer l’avenir. Ce n’est pas de la tarte la vie d’un riche, toujours dans les magouilles, les trafics d’influence, les faillites frauduleuses, les krachs boursiers, les OPA hostiles, les conflits d’intérêts, d’héritiers. Dans son yacht à étages il doit éviter les écueils, dans son strato-cruiser il est secoué par les trous d’air, les vents contraires. À terre, ce n’est pas mieux : caressé par des hétaïres, courtisé par des avides, servi par des valets, tout ce beau monde prêt à le trahir pour un plus riche.

On peut parier que le pauvre, au ciel, aura plus pitié du riche en enfer que lui n’en avait sur terre pour qui vivait l’enfer…

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