Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


lundi 14 janvier 2013

Court métrage


Pitch


Confrontation de deux idéologies au bas d’un escalier, genre conversation du café du commerce.

Décors. Personnages. Durée


Un escalier à double volute. Deux hommes (Pierre et Paul), la quarantaine BC-BG descendent, chacun de son côté, pressés, occupés à lire un journal. Ils se télescopent sur le perron. Confus ils s’excusent et pour se faire pardonner engagent la conversation. Durée : 4′30".

Dialogue


PIERRE.   Pas fameuses les nouvelles : la crise, le chômage. Ça ne s’arrange pas. Les riches qui foutent le camp, tous les autres avec leur smala qui les remplacent. Bonjour les dégâts…

PAUL.   Vous paniquez. C’est pour ça que vous êtes pressé. Êtes-vous sûr que ceux qui arrivent ne vaudront pas, un jour, ceux qui partent ?

PIERRE.   Ça ne vous fait rien de penser que les rats bien gras qui quittent le navire avec les autres, des plus jeunes, malins, actifs, pleins d’idées, de projets vont être remplacés par des rats faméliques, incultes, haineux qui se sauvent de pays pourris par la maladie, la corruption, la guerre, la famine, la haine ? Une greffe ne peut prendre que s’il y a compatibilité entre le donneur et le receveur. Il faut qu’elle soit acceptée, désirée, demandée. Vous avez beaucoup de points communs avec ces miséreux ? 

PAUL.   Vous regrettez les déserteurs. Vous crachez sur la légion des étrangers qui se pressent aux frontières. Vous ne comprenez pas qu’ils viennent combattre à nos côtés, nous rajeunir, nous fortifier. On perdra un peu de notre pâleur, on gagnera un peu de leur noirceur. C’est ça qui vous fait peur ?

PIERRE.   La couleur de ma peau, je m’en fous. J’aime bien être bronzé l’été. Plus longtemps, pas de problème. Ce que je crains c’est la fission, pas la fusion, que le mélange soit impossible, comme l’eau dans l’huile, c’est pas miscible. Vous agitez, vous insistez, chacun repart de son côté, dans sa bulle, dans sa cellule. Un pays d’étrangers est divisé, fragmenté et n’a rien à partager. Démolir en une génération ce qui a mis 2000 ans pour se bâtir, pour vous c’est cool ?

PAUL.   Mais, ma parole, vous allez pleurer, vous déprimez. Le monde change, c’est son habitude. Un peu plus vite, apparemment. Vous connaissez l’histoire de France mieux qui moi. On a été servi en invasions barbares. Depuis le début, depuis toujours. Vous voulez la liste ? Elle est longue. Vous me pardonnerez si j’en oublie : les Ligures, les Ibères, les Phéniciens, les Grecs, les Celtes, les Romains, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Saxons, les Teutons, les Vandales, les Burgondes, les Alamans, les Francs, n’oublions pas quelques Huns en maraude, quelques Vikings en carafe. Vous croyez qu’ils s’arrêtaient à la frontière et demandaient poliment « on peut entrer ? On n’a pas de papiers »… Non, ils arrivaient avec armes et bagages, à marche forcée du genre « ôte-toi de là que je m’y mette ». Pas loin d’hier, plus civilement les Russes, les Polonais, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Algériens nous ont bien aidés pour tirer le charbon des mines, la potasse d’Alsace, faire tourner les usines, construire les maisons. Vous êtes sûr qu’ils ont été accueillis à bras ouverts, qu’ils ont demandé : on ne vous dérange pas, on ne piétine pas vos plates-bandes ? Ce qui se passe aujourd’hui est-ce différent ? Ils prendront ce qu’on a de bien. On leur prendra ce qu’ils ont de mieux. En réalité, vous avez peur de l’avenir car vous n’avez pas confiance en vous, vous croyez qu’on vous attaque ? Vous devriez être reconnaissant : vous êtes encore désirable. Ils ont besoin de vous, vous devriez être content.

PIERRE.   Vous vous foutez de moi ? Vous trouvez qu’avant c’était pareil à maintenant, que demain on se sentira chez nous chez eux et eux chez eux chez nous. L’unité sans défaut dans la mixité, sans partage. C’est la quadrature du cercle. Revenez sur terre. Tout change depuis toujours, je suis d’accord mais vous ajoutez aussitôt : ce qui s’est passé hier se passera aujourd’hui. Mais non, les mêmes causes ne produisent plus les mêmes effets. Avec la globalisation, la libéralisation, la communication, l’éducation qui fout le camp, les religions qui se diabolisent, les familles qui éclatent, la fuite en avant, la peur des catastrophes à venir, le chômage, la baisse des revenus, la montée des eaux, l’arrivée des pauvres, la fuite des riches, les prisons pleines, les déserts médicaux, la Marine qui pète le feu, l’UMP qui pète les plombs, tout change en mal, le progrès est un trompe-l’œil, la réalité sordide.

PAUL.   Vous me feriez peur si je ne savais pas que vous avez tort. Vous devez avoir du mal à vivre. Vous vous croyez profond, vous êtes superficiel, vous n’écoutez que ceux qui pensent comme vous : Valeurs Actuelles, le Spectacle du Monde, Camus le petit, Minute, les déclinologues, les prophètes de malheur, les prédicateurs de la fin de leur monde. Prenez de la hauteur, l’air est pur, on voit loin, on respire mieux. Abandonnez les tristes sires. Ils vous pourrissent la vie. Leur fonds de commerce en faillite, ils liquident leur stock de vieilles lunes. Personne n’en veut. Ne soyez pas le dernier client. Débarrassez-vous de vos préjugés rancis, ouvrez les yeux à l’étrangeté, à la nouveauté, acceptez d’échanger, comparez, marchandez, faites-vous expliquer. Vous apprendrez à vivre avec les autres. Ils ne vous feront plus peur. Vos différences deviendront relatives, négligeables. Ah, une dernière chose : vous avez de beaux yeux, tu sais ?

Fin

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